Rouler de nuit dans le Mercantour, c’est déjà une expérience à part. La veille encore, je descendais les virages du col de Pra-Loup sous un ciel parfaitement dégagé, quelques heures après de violents orages. En contrebas, Barcelonnette et les villages de la haute Ubaye dormaient paisiblement, blottis au pied du Parc national du Mercantour, ce territoire préservé à cheval entre Alpes-de-Haute-Provence et Alpes-Maritimes.
Dans ce coin des Alpes du Sud, la pureté du ciel est frappante. L’une des plus belles de France. La température chute vite, mais au guidon de la Honda Goldwing 1800, l’impression est presque irréelle : celle de glisser dans la nuit sur un tapis volant chauffant. Une façon étonnamment douce de rejoindre son hôtel après la première journée de l’Alpes Aventure Motofestival de Barcelonnette, devenu un rendez-vous incontournable pour les amateurs de voyage à moto.

De mes premières montagnes à la Goldwing d’aujourd’hui
Impossible de ne pas repenser à mes premiers cols. À 17 ans, c’était sur un TDR 125 deux-temps hurlant à l’approche des 10 000 tr/min, vêtu d’un cuir Dainese usé, payé avec ma paye d’apprenti. Les doigts gelés, mais l’envie immense d’apprendre.
Aujourd’hui, le contraste est total. Poignées chauffantes, bulle électrique, Android Auto, six-cylindres onctueux… Tout a changé, sauf la montagne. Elle reste vaste, exigeante, spectaculaire. Et toujours aussi intacte.
Jausiers, camp de base d’un road trip alpin
Le lendemain matin, la lumière s’étire sur la vallée lorsque j’arrive à Jausiers, point de départ de ce road trip moto de 160 km organisé par Honda. Le village a des airs de camp de base : façades pastel, grandes villas bourgeoises héritées des émigrants partis au Mexique, rivière en fond de vallée.
Autour, les sommets se découpent nettement : Pointe de l’Aiguille, Chapeau de Gendarme, premières crêtes du Parc national du Mercantour. L’air, lavé par les orages de la veille, est d’une limpidité parfaite.
Sur le parking, les motos s’alignent. Trails, routières, voyageurs aguerris ou simples curieux. Parmi eux, Adrien Van Beveren, pilote de rallye-raid, aussi accessible que souriant. Et au centre de l’attention, la Honda Goldwing Tour 50e anniversaire, massive, élégante, presque incongrue dans ce décor alpin… mais déjà fascinante.
Prendre en main la Honda Goldwing 1800 en montagne
Monter sur une Goldwing moderne, c’est entrer dans un cockpit. Commandes multiples, modes de conduite, suspensions électroniques, navigation, pressions de pneus… Tout converge vers un écran TFT de 7 pouces. Sur le papier, cela pourrait intimider. En pratique, la logique Honda rassure immédiatement.
Les premiers kilomètres confirment la surprise : malgré près de 400 kg, la Goldwing se montre incroyablement facile. Le train avant à double triangle gomme les imperfections, le DCT enchaîne les rapports avec une douceur exemplaire. Une sensation domine : rien n’est compliqué.


Col de l’Arche : la mise en confiance
La route vers le col de l’Arche alterne longues enfilades et courbes plus serrées. Le rythme s’installe naturellement. À gauche, les pentes du Val d’Oronaye annoncent l’Italie. À droite, prairies d’altitude et brumes matinales.
Dans les rétros, un vieux Dominator me suit de près. Deux visions du voyage, deux philosophies, mais une même route. Malgré son gabarit, la Goldwing reste imperturbable, stable comme sur des rails. Réglée en duo + bagages, elle gagne en garde au sol et en précision.
Au sommet, la frontière italienne se dévoile sans emphase. Le ciel est limpide. La journée ne fait que commencer.
La Lombarde : l’entrée dans le Piémont
Passer le col de la Lombarde, c’est changer de monde. La route se resserre, les pentes se redressent, les gardes-corps disparaissent parfois. Les schistes sombres et l’étroitesse de la chaussée rappellent que l’on bascule dans les Alpes piémontaises.
C’est ici que la Goldwing surprend le plus. Là où l’on pourrait craindre l’inertie, elle reste prévisible, posée, rassurante. Même dans les épingles serrées, le train avant clarifie les trajectoires et le freinage conserve une constance exemplaire.
Au sommet, silence et lumière brute. Crêtes dentelées, lacs suspendus, panorama à plus de 2 300 mètres. La Goldwing, posée là-haut, ressemble à un paquebot immobile sur un balcon alpin.
Isola 2000 : la pause bienvenue
La descente vers Isola 2000 agit comme une respiration. Les courbes s’élargissent, les alpages réapparaissent. La Goldwing retrouve son terrain de jeu favori : les longues courbes avalées sans effort.
À la station, hors saison, l’ambiance est paisible. Randonneurs, vététistes, quelques familles. Déjeuner aux Gavouats, discussions animées, échanges avec Adrien Van Beveren. L’esprit du festival est là : accessible, passionné, humain.

Vallée de la Tinée et Camp des Fourches
En quittant Isola 2000, la route plonge dans la vallée de la Tinée. Le décor change brutalement : couloir minéral, lumière rasante, influences méditerranéennes déjà perceptibles.
La Goldwing filtre les raccords, absorbe les irrégularités, rétrograde en douceur. Puis, au détour d’un virage, surgit le Camp des Fourches, hameau militaire abandonné à plus de 2 200 mètres. Silence total. Deux époques se croisent : celle des soldats d’hier et celle du voyage à moto d’aujourd’hui.
La Bonette : toucher le ciel à moto
La montée vers le col de la Bonette est progressive, majestueuse. Plus haute route goudronnée de France (2 802 m), elle déroule ses lacets dans un décor minéral spectaculaire. Malgré son poids, la Goldwing grimpe avec une sérénité déconcertante. Couple constant, suspensions souveraines, DCT chirurgical.
À l’approche du sommet, la route semble se dissoudre dans le ciel. La vue à 360° est saisissante. Ubaye d’un côté, Tinée de l’autre. On coupe le moteur, et la montagne impose le silence.

Redescendre sans fatigue : le luxe ultime
La descente confirme tout. Freinage constant, stabilité exemplaire, fluidité totale. Une marmotte traverse, indifférente. Plus bas, la végétation réapparaît, la vallée s’ouvre, la détente s’installe.
De retour à Jausiers, un constat s’impose après 160 km de cols alpins : aucune fatigue. Je descends de la Goldwing comme d’un fauteuil. Peu de motos peuvent en dire autant.
En l’observant une dernière fois sous le soleil de l’Ubaye, un mot résume cette expérience : voyager.